






« Après le refuge dans la drogue suivi de l'overdose et de la mort, le refuge loin de la ville, dans la solitude d'une maison du Midi. C'est là l'histoire de Mousse, ex-toxicomane en cloque, qui, dans cette maison, ce lieu de retraite, fera la connaissance de Paul, le frère de son ancien petit ami, mort à côté d'elle une seringue à la main.
Avec ce nouveau film, intitulé sobrement Le Refuge, Ozon nous raconte une histoire pleine de pudeur et d'intimité entre des personnages tous fragiles, seuls et cherchant chacun à se montrer plus fort, plus solides qu'ils ne le sont réellement. Le metteur en scène fait preuve ici de beaucoup de douceur dans l'approche de ses personnages et s'avère particulièrement touchant dans la manière qu'il a de raconter les situations conflictuelles dans lesquelles ils sont pris, et ce, sans jamais les juger. Ozon, on le sent, a un vrai amour pour ses personnages et fait preuve d'une espèce de bienveillance qui les enveloppe et les habite, que ce soit dans leurs moments les plus lumineux ou les plus sombres.
Il est d'ailleurs, à ce sujet, intéressant d'évoquer le thème de la grossesse que Ozon avait jusqu'ici ellipsé ou raconté de manière détournée. Il choisit avec ce film de ne justement pas montrer celle-ci sous un jour rayonnant et idéalisé, mais ne condamne pas pour autant d'une manière ou d'une autre son personnage: Mousse va presque en effet se désintéresser de cette grossesse et garde plus son enfant pour conserver un lien avec l'homme qu'elle aimait et qui n'est plus de ce monde. La grossesse est ainsi vue comme une manière de faire son deuil, d'accepter l'absence en la comblant par autre chose. D'autre part, elle est présentée avec toute la fascination, le mystère, la sensualité ou l'attirance qu'elle peut susciter. Elle devient à la fois le lieu d'une renaissance pour la mère, mais aussi le point de rencontre avec un autre homme.
Le fait d'être réellement enceinte lors du tournage a certainement aidé Isabelle Carré à livrer cette prestation impeccable, dans un rôle il faut dire plus dur et intense que ceux qu'elle nous avait jusqu'alors habitué. Moins lisse, plus ambiguë et pleine de couleurs, son interprétation va certainement au delà de ce qu'elle avait déjà pu montrer à l'écran. Ce qui a poussé Ozon à ces quelques mots : « c'est toujours assez émouvant pour un metteur en scène de réussir à capter une perte de contrôle chez son actrice, de sentir que les choses lui échappent, qu'elle voudrait résister, mais qu'elle accepte néanmoins de vous donner cette part précieuse d'intimité et de vérité d'elle-même ». Malgré des maladresses, mais qui tiennent le plus souvent à des faiblesses dans l'écriture des dialogues, Louis-Ronan Choisy, quant à lui, donne une interprétation toute en pudeur et en prévenance, et qui s'avère de surcroît servie par une beauté très intéressante, dans la mesure où il semble comme en être embarrassé.
Enfin, on peut retrouver avec Le Refuge certaines des atmosphères de Swimming Pool avec ce Sud, cette lumière particulière et ce climat des vacances, du repos. Il y a aussi cette nostalgie tout particulière d'Ozon pour un paradis du midi de la France, reculé, loin des métropoles et un peu désuet, très années soixante. Lieu où les personnages brûlent au soleil, où les corps transpirent et s'érotisent. Lieu où l'on prend le temps de lire des livres, allongé au soleil, ou le temps de se prélasser sous l'ombre d'un pin, insouciant. Lieu pour Ozon plein de pudeur et de fragilité, propre à l'introspection et à l'intime.
Un film au final touchant, très tendre, servi par de belles interprétations, mais qui paraît néanmoins trop modeste et un tantinet trop fermé sur lui-même, sur cette maison et sur ces relations entre des personnages quasiment imperméables au monde qui les entoure. »